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Horror · Supernatural Horror

Absence

Traduit par Marie-Pier Deshaies

In Absence est un recueil de nouvelles aussi surprenant qu’envoûtant, où le surnaturel côtoie l’intime avec une étrange justesse.

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In Absence est un recueil de nouvelles aussi surprenant qu’envoûtant, où le surnaturel côtoie l’intime avec une étrange justesse. On y croise des créatures métamorphes, une pieuvre géante pleine de tendresse, un concert de Noël avec le diable au fond de l’église, et même une balade dans un musée aux portes de l’Enfer. L’univers y est foisonnant, parfois drôle, souvent dérangeant — toujours inattendu.

Ce qui relie ces seize récits aux voix et genres variés, c’est une exploration nuancée du deuil et de la perte. Chaque texte aborde une facette différente : la douleur d’un corps qui échappe au contrôle, les disparitions soudaines, la quête de sens dans le chaos, ou encore les compromis que nous faisons face à la souffrance. Malgré leur diversité, les histoires suivent un fil sensible, inspiré des cinq étapes du deuil — déni, colère, marchandage, dépression et acceptation.

Avec un sens aigu du bizarre et du symbolique, Laura Diaz de Arce tisse une cartographie de la douleur et de la mémoire, où monstres, spectres et légendes servent de miroir à nos émotions les plus humaines. In Absence est un livre à lire par fragments ou d’un seul souffle, une traversée touchante et viscérale de ce que signifie survivre à l’absence.

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Absence
Ma tête frappa l’oreiller et je me dis que, comme les autres nuits à la suite de journées épuisantes, je m’endormirais rapidement. Je fermai les yeux, ma respiration ralentit, mais les minutes s’écoulèrent, les heures s’égrainèrent et je ne dormais toujours pas. Je me tournais dans tous les sens, je testai plusieurs positions différentes. Les heures s’étirèrent. Et je ne dormais pas.
J’avais vécu plusieurs bouleversements récemment. Le renflement dans mon ventre s’était dégonflé à cause de l’absence d’intrusion et je pouvais maintenant m’étendre dessus. Le sommeil était à présent mon seul salut. Ma vie était passée de possibilités momentanées et de compagnie constante à une solitude tranquille en l’espace de quelques jours. Ce type de deuil, auquel je ne voulais plus jamais faire référence, était une tendance dans ma vie. C’était devenu une seconde nature de brûler les souvenirs des disparus en un tas de cendres pour les balayer au loin. Le sommeil m’y aidait grandement. Ça aurait dû être facile de fermer les yeux et de m’abandonner à l’oubli. Au lieu de cela, le sommeil m’évita toute la nuit.
Le jour suivant la première nuit sans sommeil, je tentai de rester sympa, quoiqu’à certains moments, j’échouai et démontrai mon mécontentement. La deuxième nuit, je m’étendis à nouveau et, le sommeil m’éludant toujours, l’effroi m’envahit. Le lendemain, je me sentis submergée par la colère. Une rage qui n’explosait pas ; qui ne parvenait pas à évacuer l’énergie en moi. Elle gonfla, comme une furie, et continua à faire trembler mon corps, incapable de se détendre.
À la dixième nuit, je délirais. Le jour et la nuit ne faisaient plus de sens. Sans notion du temps, j’errais sans but dans la maison. Je ne mangeais pas de repas réguliers, ne prenant que des bouchées de trucs traînant dans le réfrigérateur, à portée de main. Le temps s’écoulait, mais je n’en avais pas conscience. Je me sentais figée, mes gestes rappelant ceux d’une vidéo décalée. J’étais ici. Puis là. Sans transition ni passage. L’avant et l’après.
À la douzième nuit, je ne dormais toujours pas. Je pris un instant pour m’admirer dans le miroir de la salle de bains. Des yeux bouffis et des épaules affaissées. Mon corps m’était maintenant étranger, impossible pour lui d’agir comme demandé. J’en éprouvai des douleurs que je ne pouvais ignorer. Face à moi, j’aperçus une fissure dans le miroir et je traçai du bout du doigt le rebord dentelé. Une perle de sang ruissela le long du miroir. Je frappai le verre, qui se fracassa dans ce même mouvement retardé qui était devenu endémique à ma condition. Mon image se divisa en milliers de petits fragments.
Il n’y avait aucun mur derrière le verre. Il s’y cachait un long paysage sinueux. De couleur grise, autant le chemin que l’herbe de chaque côté. Le ciel également, parsemé de nuages argentés et anthracite. Je grimpai sur le lavabo et déposai mes pieds ensanglantés sur le gravier. Je dus avancer, parce qu’avant longtemps, quand je regardai derrière moi, ma salle de bains n’y était plus.
Épuisée, je m’enfonçai de plus en plus loin sur le sentier en relevant d’autres bizarreries. Des plantes pivotaient sur elles-mêmes. Des arbres tordus et des buissons tourbillonnants parsemaient le paysage de part et d’autre du chemin. Aucun animal n’était visible, mais des bruits les trahissaient. D’étranges cris d’oiseaux jaillissaient de nulle part. Tout comme des battements d’ailes ou le bourdonnement des insectes, quoique je n’apercevais rien. J’avais cette impression qu’une bande sonore jouait au-delà de l’environnement. L’empreinte de choses qui s’étaient déjà trouvées ici, mais qui avaient disparu.

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