
Contemporary & Literary Fiction · Women’s Fiction
Science FictionScience Fiction · Science Fiction Thrillers
Traduit par Christophe Deletang
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THE STORY
Au-delà de la fissure dans le trottoir rassemble sept nouvelles qui explorent les grandes questions de l’existence humaine : aimer, vivre, mourir. À travers des récits sensibles et nuancés, Maryann Miller peint les instants décisifs qui marquent une vie, tout en laissant place à l’émerveillement et à la surprise, notamment dans une histoire mystérieuse à la tonalité fantastique, inspirée de La Quatrième Dimension.
Les personnages traversent les âges et les épreuves. Gloria, septuagénaire, redécouvre les élans du cœur ; Bobby, cinq ans, tente de comprendre une absence qu’il ne peut nommer ; Hannah, seize ans, s’enfuit pour mieux se heurter à la complexité des sentiments. Chaque histoire, ancrée dans le quotidien, éclaire une facette de la condition humaine avec délicatesse et acuité.
À travers ces récits courts mais puissants, l’autrice interroge les limites de la médecine, les cicatrices de la guerre, la violence faite aux plus vulnérables, ou encore l’ombre de l’errance. Sans jamais imposer de réponse, elle invite à regarder en face les réalités de notre époque, avec humanité et lucidité.
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Dans un grondement sourd et régulier, le dernier train de nuit quitta le quai et s’engagea pesamment sur la voie. La gare était maintenant déserte, à l’exception d’un homme seul qui fumait une cigarette tout en regardant les lumières des wagons de passagers qui glissaient vers l’obscurité. Mike s’étonnait toujours que le trajet de deux heures depuis Dallas puisse être un tel voyage dans le temps. À tout moment, il s’attendait à ce qu’une bande de hors-la-loi surgisse de la nuit sur des chevaux couverts d’écume pour arrêter le train avant qu’il ne soit hors de vue. Le cadre faisait très Far West et il se souvenait même qu’une société de production avait filmé le cambriolage d’un train à cet endroit au début des années 60.
C’était il y a une éternité.
Aujourd’hui, nous étions le 14 avril 1970 et Mike O’Leary revenait tout juste du Vietnam. Il n’était plus du tout ce jeune gamin excité qui avait assisté au tournage de ce western. Et il n’était plus le garçon qui écoutait son père parler de son retour de la Grande Guerre non plus. C’est ainsi qu’il nommait toujours la Seconde Guerre mondiale : « la Grande Guerre ».
« C’est celle qui a fait de chaque homme un héros, disait son père en lui tapant dans le dos avec beaucoup de braverie. Mon garçon, je me souviens encore des acclamations de la foule lorsque le navire de transport de troupes a accosté. Et le défilé en fanfare. Et toute cette excitation. Tous ces gens qui nous applaudissaient et nous saluaient pour montrer à quel point ils étaient reconnaissants de ce que nous avions fait pour eux. »
Mike avait toujours aimé entendre ces histoires, mais pour lui, ça n’était rien d’autre que ça : des histoires. Elles n’étaient pas plus réelles que les livres d’aventures qu’il lisait et il n’y avait pas repensé depuis des années. Jusqu’à ce qu’il revienne lui-même chez lui.
Il n’y avait pas eu de défilé. Pas d’acclamations de la foule. Pas même un visage amical à sa descente de l’avion, à l’aéroport international de Los Angeles. Les gens jetaient un coup d’œil à son uniforme et se détournaient. Certains par dégoût, d’autres par simple rejet, un peu comme certaines personnes le font en regardant un enfant. Personne ne l’avait salué, ne lui avait serré la main ou ne lui avait dit un mot gentil alors qu’il venait de traverser la moitié du monde pour rentrer chez lui.
Il voulait leur crier : « Regardez-moi ! Parlez-moi ! Faites-moi croire que toutes ces vies n’ont pas été gâchées pour rien, là-bas, dans cette jungle. Faites-moi croire en quelque chose, en n’importe quoi... en moi-même. »
Mais il n’avait pas crié. Il avait simplement continué son voyage solitaire vers la maison, furieux, amer et désabusé, sans savoir dans quelle direction tourner sa colère.
Devait-il s’irriter contre l’ironie du sort qui l’avait toujours empêché d’être à la hauteur de son père ? Cette même ironie du sort qui avait fait de sa guerre une guerre qui n’avait pas la même clarté d’objectif que celle de son père. Devait-il être désabusé par ceux qui établissaient les normes selon lesquelles les hommes étaient mesurés ? Ou avec lui-même parce qu’il avait toujours autant de mal à défendre l’homme qu’il était, à essayer d’être celui que son père avait toujours voulu qu’il soit ?
Maryann Miller

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